Sathi Om
 
 
 
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LE NEPAL

Situation Politique

L’année 2006 a été une année charnière. Elle fera date dans l’histoire politique népalaise. Elle a été le théâtre soulèvement populaire et de l’avènement d’une paix encore fragile.

Apres dix longues années d’un conflit interne sans merci ; plus de dix mille morts ; des milliers de familles déplacées, réfugiées  dans leur propre pays ; des centaines d’exécutions extra-judicaires et disparitions.
La récente révolution d’Avril a eu raison du pouvoir royal. Trois semaines de paralysie totale du pays, de manifestations quotidiennes, de cris, de banderoles aux couleurs de la démocratie. Trois semaines de répression aussi :des cailloux contre des matraques… des pierres contre des balles…Unis dans le même objectif, ce fut la fin d’un régime autoritaire et dictatorial et le retour à un régime démocratique. C’est la voix de tout un Peuple qui s’est élevée pour faire basculer l’histoire.

Le 24 Avril 2006, le roi  Gyanendra cède… Il annonce à la télévision la restauration du Parlement et la création d’une Assemblée constituante.
Le 21 novembre 2006 : la paix est signée entre le roi et les représentants de partis politiques (dont les maoïstes).
Un gouvernement provisoire est établi, un cessez-le-feu proclamé, des accords signés. Le Népal, jusqu’alors « Royaume hindou » devient un Etat séculaire. L’ « Armée Royale du Népal » : l’Armée Népalaise,  Le « Gouvernement de sa Majesté le roi du Népal » : le Gouvernement népalais. Le processus de Paix est en marche et les deux parties s’engagent à se plier au « Code de Conduite », à ne pas commettre de violations en matière de Droits de l’Homme et à œuvrer pour que ce processus se solde par un succès. Les Maoïstes, jusqu’ici dans la clandestinité la plus totale font leur « Coming out » sur la scène politique publique. Ils ouvrent des bureaux dans chaque district ; organisent des programmes politiques et culturels. Les publications maoïstes jusqu’alors vendues sous le manteau font leur apparition en kiosque ; des stations FM voient le jour ; les leaders sont invités à la radio et la télévision…

Les actuels pourparlers entre les leaders maoïstes et le Gouvernement provisoire laissent espérer des jours meilleurs et l’espoir d’une paix durable est dans tous les esprits…Mais tout n’est pas si rose…. Alors qu’au niveau national, les leaders des deux Parties semblent mettre « de l’eau dans leur vin »; à un plus bas niveau, les Maoïstes continuent à commettre des atrocités et à semer la terreur. Les districts fortement affectés par le conflit, semblent être de nouveau tombés aux mains d’un « gouvernement parallèle » ; certains leaders Mao n’hésitant pas à dire que nous sommes face « à une Nation avec deux Gouvernements »… ou comment légitimer la violence au nom de l’ouverture démocratique…

Enlèvements, détention illégale, tortures, extorsions, courts du « Peuple »,  camps de travaux forcés ; à certains endroits, les décisions du pouvoir central ne semblent avoir que peu d’influence. Le peuple est une fois de plus pris en otage… Pour eux, la réalité concrète de la Paix ce n’est décidément pas pour aujourd’hui. Les centaines de familles déplacées sont dans l’impasse. Que faire ? Retourner dans un village où elles n’ont plus rien ? Ni terre… ni maison… Retourner dans un village où leur sécurité ne peut être garantie ? Ou bien rester et tout recommencer à  zéro ?
Le conflit c’est aussi plus de mille personnes  disparues. Elles ont été arrêtées,  elles ont été emmenées… et n’ont jamais réapparu. Aujourd’hui, leurs familles se mobilisent et demandent des comptes à l’Etat. Que sont devenus leurs pères, fils, frères, époux ? Pourquoi ont-ils été arrêtés ? Où les a-t-on emmenés ?

La guérilla laisse derrière elle des plaies qui mettront du temps à cicatriser. Comment vivre lorsque l’on a tout perdu ? Lorsque l’on a du fuir ? Lorsque l’on est réfugié dans son propre pays ? Comment survivre lorsque l’on est veuve ou orphelin ? Comment s’en sortir dignement sans homme au foyer pour nourrir la famille ?

Comme dans tous les conflits, les enfants ont été en première ligne… Enfants soldats, fils ou fille de prisonniers politique, de familles déplacées, enfants de disparus, orphelins… Les enfants ont été stigmatisés et portent les séquelles parfois physiques, indéniablement psychologiques de dix années de guerre. Enrôlés de force par les rebelles pour servir dans le Parti et parfois même dans l’ « Armée de Libération du Peuple » ou arrêtés par les forces de l’ordre et emprisonnés, accusés d’avoir aidé, de près ou de loin, les groupes maoïstes. Une fois de plus, ce sont les plus vulnérables qui ont été les plus affectés… Victimes de la folie des adultes, leur mémoire portera à jamais les blessures de ce qu’ils ont vu… de ce qu’ils ont vécu…

Ce sont par centaines qu’ils sont arrivés dans la capitale et dans les autres grandes cités urbaines du pays… Parfois seuls, ils arrivent à la station de bus, sans parent à contacter, sans adresse où aller…
Certains trouveront un toit en échange de journées de travail épuisantes dans un restaurant local, dans un atelier, ou chez une famille citadine, comme bonniche, dans des conditions parfois proches de l’esclavage…
Ces enfants « errants », sans repère, sans abri, sont aussi les plus vulnérables à toute sorte de trafic. Des groupes mafieux peu scrupuleux continuent à faire de l’enfance un commerce ; la prostitution infantile et le trafic en direction des bordels indiens continuent à faire de nombreuses victimes.

Plus que les enfants eux-mêmes, c’est l’éducation dans son ensemble qui a été affectée. Dans les campagnes, un grand nombre d’écoles ont été détruites, fermées, occupées, réquisitionnées… Certains établissements sont toujours là mais aucun professeur n’est disponible pour y enseigner.

Les maîtres d’école, régulièrement accusés par les autorités de soutenir les mouvements rebelles et par les Maoîstes de soutenir le Gouvernement en étant « les serviteurs d’un Gouvernement féodal et royaliste, dispensant des enseignements archaïques et contraires aux idéologies du Parti » ont préféré fuir vers des lieux plus sûrs plutôt que de risquer d’être enlevé, torturé, emprisonné, voire tué  par l’une ou l’autre part du conflit.

Maoïstes et forces gouvernementales ont semblé oublier que les enfants devaient être « Zone de paix ». Certaines écoles ont été le théâtre d’événements dramatiques impliquant tant les rebelles que les forces de l’ordre ; contraires à toutes les Conventions internationales relatives au droit Humanitaire et aux droits de l’Enfant ; pourtant ratifiées par le Gouvernement népalais et acceptées au plus haut niveau de la hiérarchie maoïste…

Le conflit en quelques chiffres…
Plus de 400 enfants tués
Plus de 8000 orphelins
Environ 40 000 enfants déplacés avec ou sans leur famille
Près de 29 000 enfants enlevés

Pour reconstruire le tissu économique et social, il reste encore beaucoup à faire, et si nous souhaitons de tout cœur que la paix ramène la quiétude au pays du sourire, nous restons convaincues qu’il reste beaucoup de travail.
Le secteur de l’éducation constitue un enjeu clé de cette reconstruction qui ne saurait s’accomplir sans la participation de toutes les générations.